Voir son chien manger ses propres crottes est une expérience déconcertante pour de nombreux propriétaires. Ce comportement, appelé coprophagie, suscite souvent l’incompréhension et l’inquiétude. Pourtant, il s’agit d’un phénomène relativement courant chez les chiens, qui peut avoir des causes variées, allant du comportement naturel à des problèmes de santé ou d’environnement. Comprendre pourquoi votre chien adopte ce comportement est essentiel pour agir efficacement et préserver sa santé. Cet article vous propose une analyse approfondie de la coprophagie canine, de ses causes, de ses dangers potentiels et des solutions à mettre en place pour y remédier.
Nous passerons en revue les différents facteurs qui expliquent ce comportement, les risques associés, les races les plus concernées, et les moyens concrets pour aider votre animal à s’en défaire. Que vous soyez confronté ponctuellement ou régulièrement à ce problème, vous trouverez ici des réponses claires, étayées par des exemples, des conseils pratiques et des informations issues de spécialistes du comportement animal. Prenez le temps d’explorer chaque section afin de mieux comprendre votre compagnon à quatre pattes et d’agir dans son intérêt.
Définition de la coprophagie chez le chien

La coprophagie désigne le fait de consommer des excréments. Chez le chien, ce comportement peut concerner ses propres selles, celles d’autres chiens ou même d’autres espèces animales. Bien qu’il soit choquant pour l’humain, ce comportement existe aussi chez d’autres animaux et trouve ses origines dans l’instinct et l’évolution.
Un comportement naturel à l’origine
Dans la nature, la coprophagie est observée chez certaines espèces pour différentes raisons. Par exemple, chez les chiots, il est fréquent d’observer ce comportement. En effet, la mère nettoie souvent la zone de couchage en mangeant les selles de ses petits durant les premières semaines de vie. Ce réflexe permet de maintenir la propreté du nid et de protéger les chiots contre les parasites et prédateurs attirés par l’odeur des excréments.
Différents types de coprophagie
- Autocoprophagie : ingestion de ses propres crottes
- Hétérocoprophagie : ingestion des crottes d’autres chiens
- Coprophagie interspécifique : ingestion des crottes d’autres espèces (chat, cheval, lapin, etc.)
Il est important de différencier ces types pour orienter le diagnostic et la solution. L’autocoprophagie est la plus fréquente et celle qui inquiète le plus les propriétaires.
Prévalence du phénomène
Selon une étude américaine publiée en 2012 (Hart et al., Université de Californie), près de 16% des chiens seraient régulièrement coprophages, tandis que 23% présenteraient ce comportement de façon occasionnelle. Il s’agit donc d’un phénomène loin d’être marginal.
Pourquoi mon chien mange-t-il ses crottes ?
Les causes de la coprophagie chez le chien sont multiples et parfois complexes à identifier. Il est essentiel de comprendre la ou les raisons pour pouvoir agir efficacement.
Causes comportementales
- Imitation : Les chiots apprennent beaucoup par imitation. Si la mère nettoie le nid en mangeant les excréments, ils peuvent reproduire ce comportement.
- Ennui ou manque de stimulation : Un chien laissé seul, sans occupation, peut développer des comportements répétitifs ou déviants, dont la coprophagie.
- Recherche d’attention : Certains chiens mangent leurs crottes pour provoquer une réaction de leur maître, même négative.
- Stress ou anxiété : Un environnement stressant, un changement de routine ou une punition excessive peuvent déclencher ce comportement.
Causes médicales
- Carences alimentaires : Un manque de certains nutriments ou une mauvaise assimilation peuvent pousser le chien à chercher des compléments dans ses selles.
- Problèmes digestifs : Certaines pathologies (pancréatite, insuffisance pancréatique exocrine, parasites intestinaux) augmentent la valeur nutritionnelle des selles.
- Maladies métaboliques : Le diabète, l’hyperthyroïdie ou des troubles hormonaux peuvent augmenter l’appétit et la recherche de nourriture.
- Effet secondaire de médicaments : Certains traitements modifient l’appétit ou la digestion et peuvent favoriser la coprophagie.
Facteurs environnementaux
La coprophagie peut aussi être liée à des facteurs extérieurs :
- Hygiène insuffisante : Des crottes laissées trop longtemps dans l’environnement du chien l’incitent à les consommer.
- Alimentation non adaptée : Une nourriture de mauvaise qualité peut ne pas être totalement digérée, rendant les selles appétissantes.
- Habitude prise en refuge : Certains chiens issus de refuges ou ayant vécu en collectivité développent la coprophagie pour survivre ou masquer leur présence.
Tableau comparatif des causes principales
| Cause | Description | Fréquence | Solutions possibles |
|---|---|---|---|
| Comportementale | Ennui, stress, imitation, recherche d’attention | Fréquente chez les jeunes chiens | Stimulation, dressage, gestion du stress |
| Nutritionnelle | Carence alimentaire, mauvaise digestion | Moins fréquente | Amélioration de l’alimentation, supplémentation |
| Médicale | Maladie digestive, parasites, troubles métaboliques | À vérifier surtout si comportement soudain | Consultation vétérinaire, traitement adapté |
| Environnementale | Propreté du lieu de vie, vie en refuge | Courante chez les chiens adoptés | Propreté, adaptation de l’environnement |
Les risques de la coprophagie pour le chien

Au-delà du dégoût que ce comportement peut inspirer, il existe de vrais risques pour la santé du chien et, dans certains cas, pour celle de son entourage.
Risques sanitaires pour le chien
- Parasitoses intestinales : Les selles contiennent fréquemment des œufs ou larves de parasites (ascaris, ankylostomes, trichures). Leur ingestion favorise les infestations.
- Infections bactériennes : Les excréments sont un réservoir de bactéries (Salmonella, E. coli, Campylobacter) pouvant causer des gastro-entérites.
- Intoxications : Si les selles proviennent d’animaux traités (antiparasitaires, médicaments), le chien peut s’intoxiquer en les ingérant.
- Déséquilibres digestifs : L’ingestion régulière de matières fécales perturbe la flore intestinale et peut engendrer diarrhées, vomissements ou ballonnements.
Risques pour l’humain et l’environnement
Si le chien vit avec des enfants ou des personnes fragiles, il existe un risque de transmission de parasites ou de germes pathogènes par léchage ou contact.
- Transmission de zoonoses : Certaines maladies peuvent passer de l’animal à l’humain via les selles (toxocarose, giardiose, etc.).
- Mauvaise haleine et désagréments : Un chien coprophage présente souvent une haleine très désagréable et peut souiller son environnement.
Impact sur le bien-être du chien
La coprophagie peut également être le signe d’un mal-être profond (anxiété, frustration, abandon) et mérite donc une évaluation comportementale approfondie.
Les races de chiens les plus concernées par la coprophagie
Toutes les races peuvent être concernées, mais certaines semblent plus prédisposées à ce comportement pour des raisons comportementales, alimentaires ou simplement génétiques.
Races fréquemment touchées
- Labrador Retriever : Race réputée pour son appétit et sa tendance à tout goûter.
- Bouledogue français : Sensible au stress, parfois sujet à la coprophagie par ennui ou anxiété.
- Beagle : Chien de chasse qui explore son environnement avec son odorat et sa bouche.
- Caniche : Intelligent, mais parfois anxieux, il peut développer ce comportement si sous-stimulé.
- Chihuahua : Petite taille, mais grande sensibilité au stress et à l’ennui.
Facteurs aggravants selon la race
Les races gourmandes, intelligentes ou ayant un besoin important d’activité mentale ou physique sont plus à risque. Les chiens issus d’élevages intensifs ou de refuges présentent également davantage ce comportement, souvent acquis lors des premiers mois de vie.
Influence de l’âge et du sexe
- Chiots : Très concernés par la coprophagie, surtout entre 4 et 9 mois.
- Femelles : Plus enclines à nettoyer leur environnement, notamment après une mise bas.
Selon l’étude de Hart et al., 85% des chiens coprophages ont moins de 6 ans, et il n’y a pas de différence significative entre mâles et femelles, sauf chez les chiennes ayant eu des portées.
Ce comportement est-il dangereux pour mon chien ?
Même si la coprophagie n’est pas systématiquement dangereuse, elle doit alerter le propriétaire. Il est important de distinguer entre un comportement isolé et une habitude installée.
Quand consulter un vétérinaire ?
- Si le comportement est récent ou soudain chez un chien adulte
- En cas de symptômes associés : amaigrissement, diarrhée, vomissements, changement d’appétit
- Si le chien a accès à des excréments potentiellement toxiques (animaux sous traitement, crottes d’autres espèces)
Signes d’alerte à surveiller
- Modification du comportement alimentaire global
- Diminution de l’appétit ou au contraire, polyphagie
- Perte d’énergie, poil terne, signes de parasitose
Un vétérinaire pourra réaliser un examen clinique, des analyses de selles, voire des examens sanguins pour éliminer une cause médicale. Dans la majorité des cas, il s’agit d’un trouble comportemental, mais il ne faut jamais négliger la piste d’un problème de santé sous-jacent.
La coprophagie et la socialisation
Un chien bien socialisé, stimulé et éduqué présente moins de risques de développer des comportements déviants. Les chiens en manque d’interactions ou ayant subi des traumatismes peuvent exprimer leur mal-être par la coprophagie.
Comment stopper la coprophagie : conseils pratiques et solutions
Mettre fin à la coprophagie demande patience et régularité. Plusieurs stratégies peuvent être mises en place, en fonction de la cause identifiée.
Adapter l’environnement et l’alimentation
- Ramassage immédiat : Retirez systématiquement les crottes du jardin ou de la maison pour éviter toute tentation.
- Amélioration de la ration : Passez à une alimentation de haute qualité, mieux assimilable, et demandez conseil à votre vétérinaire pour vérifier l’équilibre des nutriments.
- Suppression de l’ennui : Multipliez les activités, jeux, promenades et temps de stimulation intellectuelle chaque jour.
Éducation et rééducation comportementale
- Ignorer le comportement : Ne pas réagir lorsque le chien mange ses crottes, pour ne pas renforcer la recherche d’attention.
- Renforcement positif : Récompensez systématiquement le chien lorsqu’il ignore ses selles ou obéit à un ordre d’éloignement.
- Apprentissage du « laisse » ou « pas toucher » : En promenade, travaillez ces ordres pour détourner son attention.
Solutions complémentaires
- Additifs alimentaires : Certains compléments (levure de bière, ananas, enzymes digestives) modifient le goût des selles et les rendent moins attirantes. Leur efficacité est variable selon les chiens.
- Produits anti-coprophagie : Il existe des sprays ou poudres à ajouter à la nourriture. Demandez toujours l’avis de votre vétérinaire avant utilisation.
- Consultation d’un comportementaliste : En cas de coprophagie persistante ou associée à d’autres troubles du comportement, faites-vous accompagner par un professionnel.
Exemple concret de rééducation
Julie, propriétaire d’un Labrador de 2 ans, a constaté que son chien mangeait systématiquement ses crottes lors des promenades. Elle a mis en place un ramassage immédiat dans le jardin, augmenté la durée des sorties et travaillé l’ordre « laisse » avec des friandises. Après 4 semaines, le comportement avait quasiment disparu.
- La coprophagie est fréquente et souvent liée à des causes comportementales ou environnementales
- Elle peut présenter des risques sanitaires pour le chien et son entourage
- Des solutions existent : adaptation de l’environnement, rééducation, conseils vétérinaires
En conclusion, la coprophagie chez le chien est un comportement qui, bien que désagréable pour le propriétaire, n’est pas rare et doit être abordé avec discernement. Prendre le temps d’identifier les causes, de consulter un vétérinaire et d’adapter l’environnement de l’animal permet dans la plupart des cas de réduire, voire d’éliminer ce comportement. Il est important de ne jamais punir le chien, mais de le guider vers de meilleures habitudes par la bienveillance, la patience et une éducation positive.
Rappelez-vous que chaque chien est unique, et ce qui fonctionne pour l’un ne sera pas nécessairement efficace pour un autre. Si la coprophagie persiste malgré toutes vos tentatives, n’hésitez pas à demander l’aide d’un professionnel du comportement animal. Votre chien mérite votre compréhension et votre accompagnement pour retrouver une vie harmonieuse et épanouie à vos côtés.
